Les veines des membres inférieurs construisent un réseau maillé convergent
du capillaire veineux jusqu'à la veine cave inférieure.
Selon que leur diamètre est inférieur ou supérieur à 2
millimètres, il est habituel de décrire respectivement des
veines
de drainage qui correspondent à un territoire cutané, graisseux
ou musculaire, et des
veines collectrices (troncs saphéniens, veines tibiales,
péronières, poplitées, fémorales, jumelles et soléaires).
Entre les réseaux veineux du derme, du tissu sous-cutané (graisse)
et du muscle s'établissent de très intimes connexions. Ainsi, le
plexus horizontal du derme profond entre en communication avec les vaisseaux
perforants issus de la graisse sous-cutanée et du muscle sous-jacent
(
Figure 44).
Les veines superficielles des membres inférieurs peuvent être définies
selon la profondeur de leur situation anatomique. On distinguera alors
trois
plans superposés auxquels correspondent trois réseaux veineux :
dermique, hypodermique et sous-aponévrotique. Cette classification, on
le verra, n'est pas dénuée d'intérêt pour expliquer
nombre de faits cliniques.

Le
réseau
dermique
L'épaisseur de l'épiderme varie de 0,05 à 0,3 millimètre,
voire 1 millimètre à la plante des pieds. Quant à celle
du derme, elle est comprise entre 1 et 2 millimètres. Alors que le derme
renferme des vaisseaux sanguins et des lymphatiques, l'épiderme en est
totalement dépourvu, sa nutrition étant assurée par transsudation à partir
des vaisseaux dermiques.
Les veines dermiques s'organisent en deux plexus horizontaux, l'un superficiel
dit souspapillaire, l'autre profond. Ces deux structures sont connectées
entre elles et communiquent conjointement avec le réseau veineux hypodermique.
Ici aussi, le diamètre permettra de distinguer des
microveinules (moins
de 0,01 millimètre) et des
veinules (entre 0,01 à 0,1 millimètre
de section). Les veinules dermiques deviennent visibles à travers l'épiderme
lorsque leur diamètre excède 0,1 millimètre. En se dilatant,
elles réalisent alors ce que Von Graf dénommait dès 1807
des
télangiectasies. A ce propos, il est intéressant de noter que
ne sont accessibles à l'injection sclérosante que les veinules
ectasiques d'un diamètre supérieur à 0,3 millimètre.
Cependant, le produit sclérosant pourra secondairement atteindre les veinules
de calibre plus réduit.

Le réseau hypodermique
Dans l'hypoderme, les lobules graisseux sont délimités par des
travées de fibres collagènes issues du derme. Celles-ci réalisent
des septums interlobulaires, véritables haubans inextensibles qui réduisent
la mobilité cutanée en se fixant aux aponévroses musculaires.
Curri a parfaitement démontré que les veinules et les veines
hypodermiques ne pénètrent pas dans les lobules graisseux, mais
cheminent le long des septums.
On peut dès lors envisager que l'augmentation de volume des adipocytes
se traduit par une compression des veines interlobulaires. Leur fonction de
drainage se trouve ainsi limitée, ce qui accentue bien sûr les
varicosités. Se profile ainsi l'étroitesse des relations entre
le tissu graisseux hypodermique et la circulation veinolymphatique.

Le réseau sous-aponévrotique
Il est constitué par des
veines intramusculaires (veines jumelles, soléaires,
fémorale profonde) et des
veines intermusculaires (veines tibiales,
péronières, poplitées, fémorales superficielle
et commune). Toutes deux sont reliées aux réseaux hypodermique
et dermique par des veines perforantes directes ou indirectes, souvent multiramifiées.

Les conséquences
Une telle disposition anatomique avec sa richesse d'interconnexions apporte
une explication à la genèse des varicosités intradermiques.
Celles-ci correspondent à des dilatations permanentes des veinules dermiques.
A la lumière des techniques récentes d'exploration de la microcirculation
cutanée (échographie 20 MHz, microphlébographie, laser-Doppler,
capillaroscopie en pleine peau, biopsies), chaque région cutanée
apparaît comme une entité anatomique et fonctionnelle indépendante.
La forme, la couleur, les conditions d'apparition et les facteurs d'aggravation
des varicosités permettent de leur attribuer plusieurs mécanismes
de formation.
Elles sont le plus souvent liées à une hyperpression dans un
tronc veineux hypodermique ou intramusculaire. Quand l'hyperpression est la
conséquence d'un reflux sus-jacent, les varicosités apparaîtront
en éventail et centrées vers le haut (
Figure 45-A). En revanche,
si le reflux est sous-jacent, elles seront centrées vers le bas (
Figure
45-B). Un autre mécanisme : l'ouverture de shunts artérioveineux à l'occasion
d'une grossesse ou d'un déséquilibre hormonal. Dans ce cas, on
observera de larges nappes de varicosités angiomateuses, très
denses et rouge vif (
Figure 45-C).
Dernier mécanisme en cause, l'augmentation de volume des adipocytes
hypodermiques. Véritable lipodystrophie localisée du conjonctif
sous-cutané, la cellulite entrave le drainage des territoires dermiques.
Il en résultera des varicosités disséminées, non
centrées sur une veine d'alimentation (
Figure 45-D).

Pour en savoir plus
Braveman LM., Keh-Yen A. Ultrastructure of the human dermal circulation. J Invest
Dermatol 1983, 81: 438-42.
Curri S.B. Anatomie microvasculaire de la peau et de ses annexes. Phlébologie,
1990, 43: 407-30.
Curri S.B., Merlen J.E Troubles microvasculaires du tissu adipeux. J Mal Vasc,
1986,11: 303-9.
Griton Ph. Que penser des voies de drainage des télangiectasies ? Ouest
Medical, 1985, 38: 603-7.
Merlen J.E, Coget J.M., Sarteel A.M. La cellulite : affection microvasculoconjonctive.
Phlébologie, 1979, 32: 279-82.