Les rapports du tronc saphène externe avec l'aponévrose musculaire
jambière (fascia cruris) se caractérisent par leur grande variabilité et
leur étroitesse.
Dans 60 % des cas, le tronc saphène externe chemine sous l'aponévrose
au tiers inférieur de la jambe. Il perfore ensuite l'aponévrose
au tiers moyen de la jambe (15 à 25 centimètres au-dessus de la
malléole externe). Le tronc poursuit alors son ascension sous l'aponévrose
jusqu'à la jonction saphénopoplitée (Figure 82).
Dans 30 % des cas, la perforation transaponévrotique a lieu au tiers supérieur
de la jambe
(
Figure 83).
Enfin, le tronc saphène externe peut demeurer sus-aponévrotique
jusqu'au creux poplité (4 % des cas) (
Figure 84) ou encore perforer l'aponévrose
jambière dès le tiers inférieur de la jambe (6% des cas)
(
Figure 85).
Si l'intérêt des liens étroits qui unissent l'aponévrose
et le tronc saphène externe est bien sûr d'ordre anatomique, il
est aussi d'ordre fonctionnel.
Chez le sujet sédentaire, à station debout prolongée,
il s'installe une tension musculaire excessive des muscles jumeaux et une
limitation de l'amplitude musculaire que connaissent bien les kinésithérapeutes.
Il s'ensuit une réduction de la flexion dorsale du pied associée à une
rétraction de l'aponévrose jambière en continuité avec
le tendon d'Achille. Limitation de la contraction musculaire et rétraction
tendineuse peuvent conduire à une mise en tension de la saphène
externe ou à une gêne à sa vidange selon le niveau de
perforation transaponévrotique du tronc.
Afin de mieux cerner les relations fonctionnelles entre l'aponévrose
jambière, les muscles du mollet et le réseau veineux jambier,
nous exposerons quelques éléments de physiologie musculaire.
Le haubanage musculaire avec tension musculaire et contraction constante
est indispensable à une station debout immobile. En position debout,
le point d'ancrage fixe est représenté par l'appui talonnier
au sol. En raisonnant du bas vers le haut, le maintien de ce point d'ancrage
implique qu'une tension constante soit exercée par les
muscles du mollet et les muscles ischiojambiers de la face postérieure
de la cuisse. Il va de soi que les conséquences sur la physiologie
veineuse sont alors totalement différentes de celles observées
lors de la marche.
En station debout prolongée ou en cas de piétinement, l'action
musculaire se révèle inefficace sur la vidange veineuse.
Lors de la marche, la pression veineuse ne décroît au pied
qu'après le septième pas. L'ensemble de ces mécanismes
s'accompagne d'une hypertonie du mollet avec rétractions musculaire
et aponévrotique. Chez l'obèse, la tendance à chuter
vers l'avant entraîne une contraction compensatrice des muscles jumeaux
et aggrave la situation. Il en est de même chez les patients présentant
des troubles de la statique plantaire (pieds creux, port de talons hauts).
La première conséquence consiste en une ascension de l'aponévrose
qui se trouve en quelque sorte "tractée" par la contraction
des muscles jumeaux et ischiojambiers qui s'oppose à la chute en
avant. Cette situation est quotidiennement observée par les phlébologues
quand ils repèrent à l'échographie et au Doppler le
passage transaponévrotique de la crosse saphène externe sur
un patient debout. En décubitus ventral, le chirurgien la retrouvera
un peu plus bas : le relâchement musculaire permet à la crosse
de reprendre sa position anatomique.
Deuxième conséquence : le muscle se tétanise, présente
une fibrose. Sa contraction devient moins ample et moins efficace.
Ainsi, l'action des muscles jumeaux sur les veines jumelles intramusculaires
sera objectivée par le calibre de ces veines, mais surtout par la
fraction d'éjection systolique qui apprécie la capacité du
muscle à expulser le sang veineux.
L'efficacité de la pompe musculaire veineuse du mollet dépend tout à la
fois de la qualité des fibres musculaires, de leur développement
par l'activité sportive, de leur capacité d'étirement et
d'élongation, et enfin, de l'amplitude de leur contraction qui peut être
réduite par une "tétanisation". Dans ce cas, la contraction
musculaire de ce mollet d'apparence hypertonique se révèlera peu
active sur la vidange veineuse.
La situation que nous venons de décrire illustre une fois encore qu'à la
notion indispensable de rapports anatomiques doit s'adjoindre le concept d'anatomie
fonctionnelle.

Pour en savoir plus
Blanchemaison Ph., Louis G. Relations entre veines, muscles et aponévroses
musculaires des membres inférieurs. Phlébologie 1996 (à paraître).